« HLM ou la mission de l’Etat »
Thierry Repentin, président de l’USH, évoquait il y a quelques jours « le vent de menace » qui souffle sur le mouvement HLM et sur sa capacité à assumer son rôle d’acteur décisif au service des Français. Je partage pleinement ses inquiétudes. Le journal Libération publie ce matin – et je la reproduis ci-dessous – la tribune que j’ai cosigné, avec de nombreux maires et présidents d’intercommunalités, en marge du congrès de l’Union sociale pour l’habitat (USH) qui se tient jusqu’à aujourd’hui. L’action déterminante de nos collectivités en la matière ne pourra en effet masquer continuellement le désengagement de l’Etat qui s’accentue année après année.
« HLM, ou la mission de l’Etat »
« Au moment où s’ouvre à Strasbourg le 71e Congrès de l’Union sociale pour l’habitat nous sommes inquiets des conditions de mise en œuvre de la politique du logement en France. Le désengagement de l’Etat dans ce domaine est amorcé et une nouvelle étape risque d’être franchie.
Le gouvernement vient d’annoncer son intention de prélever 340 millions d’euros sur les organismes HLM, soit plus d’un milliard d’euros sur trois ans et une baisse drastique des aides à la pierre. Ce prélèvement correspond au montant de fonds propres que ces derniers consacrent à la construction de 20 000 logements. En voulant amputer ainsi les marges de manœuvre des organismes HLM, il remet également en cause celles des collectivités.
Cette nouvelle orientation nous paraît socialement injuste car plutôt que de faire jouer la solidarité nationale, ce seront désormais les locataires actuels du parc HLM qui financeront les futurs locataires. Le risque, c’est une augmentation des loyers pour pouvoir maintenir un niveau de fonds propres permettant de continuer à construire, puisque les besoins en logement sont énormes.
Elle est aussi économiquement contre-productive, car elle met en difficulté les bailleurs et les collectivités qui ont permis jusqu’à présent d’amortir les effets de la crise en soutenant fortement l’activité du bâtiment pourvoyeur de nombreux emplois.
Pour l’année 2011 ce sont près de 32 000 emplois qui ne pourraient être maintenus en France si l’Etat persiste à réduire ainsi les capacités d’investissement.
Enfin, au moment où la performance des logements est inscrite dans les objectifs du Grenelle de l’environnement, la diminution drastique des aides de l’Etat va rendre illusoire leur réalisation. A cela s’ajoutent les inquiétudes sur les effets durables et profonds de la crise, sur l’impact réel de la suppression de la taxe professionnelle qui entraînera un transfert des charges sur les familles et un recul considérable de l’autonomie fiscale des collectivités. L’aggravation de la situation financière des administrations publiques locales paraît donc inéluctable et pèsera sur les résultats en matière de politique de logement.
Les collectivités ont tenu leurs engagements en soutenant fortement la construction de logements pendant la crise. L’Etat doit lui aussi assumer pleinement ses missions à leurs côtés. De nouveaux partenariats doivent se construire, les moyens mobilisés doivent être à la hauteur des enjeux, une politique véritablement au service des citoyens doit pouvoir être menée afin de tenir à la fois les objectifs d’équité, de solidarité nationale et d’efficacité sur le terrain. Cette politique notre pays, les territoires et nos concitoyens en ont plus que jamais besoin. »
Roland Ries, maire de Strasbourg
Jacques Bigot, maire d’Illkirch-Graffenstaden, président de la communauté urbaine de Strasbourg
Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes, président de Nantes Métropole
Gérard Collomb, maire de Lyon, président du Grand Lyon
Daniel Delaveau, maire de Rennes, président de Rennes Métropole
Vincent Feltesse, maire de Blanquefort, président de la communauté urbaine de Bordeaux
Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon, président du Grand Besançon
Claude Jeannerot, président du conseil général du Doubs, président de l’Agence nationale pour l’information sur le logement

